GÉOPARC DU CABO ORTEGAL : UN VOYAGE À L’INTÉRIEUR DE LA TERRE

UN GÉOPARC MONDIAL DE L’UNESCO DANS LE NORD DE LA GALICE

Le thème d’aujourd’hui est très spécial pour moi, car nous voyageons en Galice, la « terra dos meus avós » (terre de mes grands-parents). S’il y a un endroit où la nature est toujours verte et où les traditions sont bien vivantes, c’est sans aucun doute ici. C’est pourquoi j’ai une affection particulière pour cette région et je suis très heureuse de vous annoncer cette bonne nouvelle.

Punta Gabeira vue de Cariño

Tout d’abord, disons-le bien haut : aujourd’hui, nous célébrons. Une région de la Galice a été designée Géoparc mondial de l’UNESCO, le seul en Espagne sur les 18 qui ont été déclarés dans le monde entier en 2023. Il s’agit du Géoparc de Cabo Ortegal, au nord de la province de La Corogne, qui comprend 7 municipalités : Cariño, Cedeira, Cerdido, Moeche, Ortigueira, San Sadurniño et Valdoviño.

Avec cette distinction, le territoire s’engage dans le développement durable, en promouvant des opportunités économiques qui respectent l’environnement et en mettant en œuvre un plan de tourisme durable. J’ai eu l’occasion de parler avec Susana de Goodlife afin de vous fournir des informations de première main sur cet intéressant projet de développement.

Qu’est-ce qu’un Géoparc ?

Playa Pantín à Valdoviño

Mais commençons par le début : c’est quoi un Géoparc Mondial de l’UNESCO ?

L’UNESCO les définit comme des « zones géographiques uniques et unifiées où les sites et les paysages d’importance géologique internationale sont gérés selon un concept holistique de protection, d’éducation et de développement durable« , et souligne qu’ils combinent la conservation et le développement durable du territoire, tout en impliquant les communautés locales.

Un Géoparc ne se contente donc pas de mettre en valeur la richesse géologique d’un territoire, il la relie également au reste du patrimoine naturel, culturel et immatériel de la région, responsabilise les communautés locales et favorise la prise de conscience de questions fondamentales pour la planète, telles que l’utilisation durable des ressources naturelles.

Il existe actuellement 16 géoparcs mondiaux en Espagne, le géoparc du Cap Ortegal étant le deuxième en Galice, puisque le Géoparc des monts Courel existait déjà, et le premier dans la province de La Corogne (voir la liste des Géoparcs).

Un voyage à l’intérieur de la terre

PLAYA PICON GEOPARQUE ORTIGUEIRA
Plage de Picón à Ortigueira vue du ciel © César Galdo | Asociación para a xestión do Xeoparque do Cabo Ortegal

Lors de notre rencontre avec Susana, qui a participé à l’assistance technique du projet, j’ai rapidement compris que ce modèle de gestion holistique impliquait un important travail de coordination et de développement. De nombreux acteurs des secteurs public et privé se sont mobilisés pour unir leurs forces dans le cadre de ce projet commun.

L’un des domaines fondamentaux pour le développement durable du territoire est le tourisme, qui s’articule autour de la richesse géologique, du patrimoine culturel matériel et immatériel, de la valeur du paysage et de l’offre gastronomique locale.

Nous allons partager avec vous ce plan à la lumière des critères de durabilité touristique (basés sur les normes internationales du GSTC) : gestion durable, durabilité socio-économique, culturelle et environnementale.

Gestion durable

alcaldes xeoparque galicia
Maires du territoire du Géoparc
© César Galdo | Asociación para a xestión do Xeoparque do Cabo Ortegal

La première chose à souligner en termes de gestion est que la candidature au Géoparc elle-même doit être construite de bas en haut, en étant une initiative sociale en premier lieu. Tellement a été le cas à Cabo Ortegal que la proposition est née directement de l’Association des Amis du Parc Xeolóxico de Cabo Ortegal, émergeant des voisins et de la société civile. C’est plus tard qu’est née l’Association pour la gestion du Géoparc du Cap Ortegal (ci-après AXCO), formée par les sept Mairies du territoire, ce qui a permis d’obtenir une plus grande implication institutionnelle.

La participation sociale est essentielle pour la gestion durable d’un projet, et le Géoparc du Cap Ortegal a créé un forum de participation locale à cet effet. Des tables de consultation avec des groupes de travail définis par typologie, où ils ont pu définir leur propre implication dans le projet.

D’autre part, l’association AXCO fait partie du réseau Smart Destinations Network (DTI), ce qui implique un engagement à devenir une Destination Touristique Intelligente, un modèle qui élabore des stratégies pour l’avenir basées sur la gouvernance, la durabilité, l’accessibilité, l’innovation et la technologie.

De même, ils mettent en œuvre un Plan de durabilité du tourisme dans la destination (PSTD) comprenant 23 actions. Ces plans sont entièrement financés par les fonds de relance européens Next Generation EU et constituent un programme visant à promouvoir la transformation des destinations touristiques espagnoles vers la durabilité.

Durabilité environnementale et Géoroutes

Lorsque l’on parle de Géoparcs, il semble que leur impact sur l’environnement soit le plus évident. En tant que territoire scientifique et d’interprétation, la recherche et la conservation sont des axes fondamentaux. Il s’agit également de promouvoir l’éducation en matière de géologie et d’environnement, en travaillant sur des plans éducatifs avec les écoles de la région.

Intérieur de la mine Piquito à Moeche
© César Galdo | Asociación para a xestión do Xeoparque do Cabo Ortegal

Ce qu’il faut protéger est clair : un patrimoine géologique unique. La région compte 108 zones cataloguées comme lieux d’intérêt géologique (LIG), dont 6 sont d’importance internationale : les Géosites. On peut y voir en surface des roches de plus de 490 millions d’années et des matériaux qui se trouvent normalement à plus de 70 km de profondeur, dans le manteau terrestre. On y trouve également une plage noire d’origine non volcanique (unique au monde !) ou les plus hautes falaises d’Europe continentale.

Néanmoins, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le label Géoparc mondial de l’UNESCO n’est pas une forme de protection juridique. Il atteste de l’importance internationale du patrimoine géologique et contribue à promouvoir une utilisation responsable du territoire, mais il n’est pas contraignant en termes de conservation. Les protections qui couvrent une grande partie du territoire (étant la plupart inclu dans le réseau Natura 2000) sont indépendantes du label Géoparc.

Et comment tout cela s’articule-t-il au niveau touristique ? Par les Géoroutes. Elles sont définies comme « un mélange de tourisme actif, géologie, culture locale et paysages ». Mais elles sont surtout un voyage à l’intérieur de la terre, une occasion d’observer des formations géologiques exceptionnelles. Cette proposition de tourisme géologique lié au tourisme gastronomique et culturel peut contribuer à la désaisonnalisation et à la diversification du tourisme dans la région.

Durabilité socio-économique

Comment faire en sorte que tout cela se répercute favorablement sur l’économie locale et le tissu social de la région ? Il s’avère que le statut de Géoparc ne restreint pas les activités économiques ; au contraire, les Géoparcs doivent assurer autant leur propre bien-être que le bien-être commun, en contribuant aux ODD.

Le territoire du Cap Ortegal, comme la plupart des Géoparcs, est touché par des pertes de population qui affectent l’offre de services, l’économie et la qualité de vie locale. L’un des objectifs est donc de promouvoir le secteur primaire et de lutter contre le dépeuplement.

Entrée de A Fusquenlla

Pour illustrer cela, prenons le cas de A Fusquenlla. Il s’agit d’un centre de transformation agroalimentaire qui met à la disposition des particuliers et des petites exploitations agricoles un espace pour la transformation de produits alimentaires (conserves, jus, miel, etc.), avec les garanties sanitaires nécessaires, pour l’autoconsommation ou la vente. Le Géoparc a la capacité de promouvoir ce projet de développement rural, car son label confère à ces produits une identité liée au territoire et leur offre davantage d’opportunités de marché.

L’impact de toute initiative touristique sur la communauté locale doit être soigneusement pris en compte. Dans le cas présent, la Galice est un territoire aux fortes traditions qui ne compte pas autant de touristes que d’autres régions d’Espagne. Il est donc nécessaire de travailler de manière responsable à partir de la base, en préservant leur mode de vie et en veillant à ce que le tourisme ne soit en aucun cas envahissant ou préjudiciable pour eux.

Durabilité culturelle

castillo Moeche
Château de Moeche

L’impact culturel est étroitement lié à l’impact social que nous venons de mentionner. Le plan de tourisme durable du Géoparc du Cap Ortegal prend en compte toutes les manifestations culturelles du territoire : le patrimoine historique et architectural, la culture immatérielle (fêtes et traditions, chemins de pèlerinage, festivals, etc.) et la gastronomie locale sont des éléments fondamentaux intégrés dans sa proposition touristique.

En ce qui concerne la gastronomie, ils veillent à la production durable, tant sur le plan environnemental que social, en promouvant des expériences de slow food avec des produits locaux de grande qualité (poissons, fruits de mer, légumes, miel…). De même, d’autres pratiques et activités sportives sont également intégrées, comme la compétition internationale de surf Pantín Classic à Valdoviño.

Le Géoparc comme moteur de développement ?

En préparant cet article, j’ai parcouru le territoire du Géoparc, visitant ses plages à la recherche de trésors géologiques, me promenant dans ses villages, m’approchant des points de vue pour observer les incroyables falaises (si le brouillard me le permettait). J’ai pu immédiatement distinguer certains défis et opportunités auxquels ce nouveau Géoparc mondial de l’UNESCO devra faire face.

De nombreuses opportunités

Ancien cinéma « La Solana »,
Cariño

J’ai vu la Galice changer depuis l’enfance, car c’est la terre de mes grands-parents. Je n’ai donc pas été surprise de voir les signes de détérioration de ce territoire dus à la perte de population, comme je l’ai vu dans d’autres régions. En ce sens, je crois fermement que ce label international est une grande opportunité pour le développement économique et social du lieu, qu’il va générer des opportunités pour les jeunes de rester sur leur territoire et qu’il va revaloriser leur patrimoine.

Je crois aussi qu’il donnera un grand élan à la recherche scientifique et qu’il sensibilisera les enfants aux questions et aux valeurs fondamentales de l’environnement et de la durabilité. Ayant rencontré certaines des personnes qui ont travaillé à la réalisation de ce projet, je sais également que tout cela se fera (et se fait déjà) dans le plus grand respect de la communauté locale et du territoire.

Et aussi quelques défis…

Certains des défis que j’ai rapidement entrevus sont, par exemple, l’accessibilité en termes de mobilité. De nombreux endroits de la région sont inaccessibles par les transports publics et nécessitent un véhicule personnel, bien qu’ils ne soient pas encore très bien équipés en termes d’aires de stationnement. Cependant, il s’agit là d’une grande opportunité pour développer un réseau de transport public efficace dans la région, ce qui profiterait non seulement aux visiteurs, mais aussi et surtout aux résidents.

Punta aguillons
Punta Dos Aguillóns, Cabo Ortegal
© César Galdo | Asociación para a xestión do Xeoparque do Cabo Ortegal

Enfin, alors que je me promenais dans un beau village de la région, j’ai perçu un autre défi que ce nouveau Géoparc devra relever. Une femme locale très accueillante m’expliquait quelques curiosités sur l’endroit, et elle a immédiatement exprimé une certaine réticence à l’égard de ces changements. Depuis un certain temps, le tourisme fait l’objet d’une méfiance dans de nombreux endroits, où il est perçu comme une menace, et il n’est pas facile de mettre en œuvre des initiatives visant à augmenter l’afflux de visiteurs dans des endroits où la tradition touristique est peu développée ou très saisonnière. Je suis le premier à considérer qu’il doit être géré avec respect et responsabilité, c’est pourquoi je pense que le Géoparc du Cap Ortegal est parfaitement sur la bonne voie dans sa gestion et dans les actions qu’il met en œuvre.

calle Cariño xeoparque«Ven axiña conmigo, fagamos unha viaxe
sen sequera automóbil nin caro de cabalos
soamente precisamos de soños a intervalos
baleiros de xantares e tamén da paisaxe»

Miro Villar, 1988 (II Concours de poésie en
langue galicienne)

Que pensez-vous de ce Géoparc mondial de l’UNESCO, le seul nouveau en Espagne en 2023 ?

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