PHOTOGRAPHIE AVEC DES FLEURS ET DU CAFÉ – QU’EST-CE QUE LA PHOTOGRAPHIE DURABLE ?

It is possible to print photographs using nothing but juice extracted from the petals of flowers, the peel from fruits and pigments from plants.

Malin Fabbri, 2012, Anthotypes – Explore the darkroom in your garden and make photographs using plants

Aujourd’hui, je vais vous parler de la photographie analogique et des processus photographiques alternatifs en termes de durabilité et d’écologie. Pour cela, je bénéficie de la collaboration de Chiara Salvi (Florence, Italie), fondatrice et directrice de l’école en ligne The Alternative Processes Academy (APA). Si, à la fin de la lecture de cet article, vous avez eu le déclic et souhaitez vous inscrire à l’école de Chiara, vous trouverez une réduction de 100 € pour vous aider à démarrer !

Développer avec du café ? Faire des photos avec des fleurs ? – De quoi s’agit-il ?

Cyanotype on glass © APA, Chiara Salvi

LE RETOUR DE LA PHOTOGRAPHIE ANALOGIQUE

À l’ère de la photographie numérique, la photographie analogique est revenue à la mode il y a quelques années, entraînant l’apparition de nouveaux produits tels que les appareils photo Instax de Fujifilm, et la question qui se posait était la suivante : s’agit-il d’une nouvelle tendance chez les jeunes ou d’un retour en force ? En dehors du secteur professionnel, de nombreuses personnes intéressées par les pratiques analogiques souhaitaient non seulement retrouver l’utilisation d’appareils photo à pellicule 35 mm mais aussi comprendre le fonctionnement du développement et de l’impression en chambre noire, afin de les réaliser elles-mêmes au lieu de les confier à un laboratoire.

Darkroom Chiara Salvi
Chiara in the darkroom © APA, Chiara Salvi

Dans la pratique de la photographie analogique, l’un des problèmes actuels est le manque de ressources, car de nombreuses usines ont cessé de fournir du matériel et les prix ont augmenté. Le matériel d’occasion se fait de plus en plus rare, et alors qu’il y a quelques années il était abondant et à des prix très bas sur des plateformes telles que Wallapop, il est aujourd’hui de plus en plus difficile de le trouver.

Photographie analogique et durabilité

Un autre problème est la difficulté de réaliser des photographies analogiques dans le respect de l’environnement. La prise de conscience de l’environnement au niveau mondial est une réalité relativement récente. Traditionnellement, on ne se préoccupait pas de l’impact de l’utilisation de ces matériaux chimiques et toxiques chez soi. C’est pourquoi la renaissance des méthodes historiques de photographie s’est accompagnée de nouvelles possibilités plus respectueuses de l’environnement, telles que les révélateurs verts comme le caffénol (café) ou l’herbinol (menthe).

De nouvelles initiatives ont également vu le jour pour aborder la chambre noire à travers le prisme de l’économie circulaire. Le collectif The Sustainable Darkroom au Royaume-Uni, par exemple, en parle, ou des artistes comme Charlotte E Padgham, qui récupère et réutilise les déchets de laboratoire pour créer des bijoux en argent, utilisent ces principes.

DES PROCÉDÉS ALTERNATIFS PLUS ÉCOLOGIQUES

spinach antotypia
Spinach anthotype © Alba Cid

La récupération des procédés photographiques traditionnels ne s’est pas seulement concentrée sur la photographie argentique, mais s’est également intéressée à d’autres techniques apparues plus tôt. C’est le cas, par exemple, des anthotypies.

L’anthotype est une technique photographique sans appareil photo qui utilise les qualités photosensibles des plantes et des fleurs. Le papier est imbibé d’une dilution de pigment dans de l’eau ou de l’alcool, et l’image à « imprimer » y est placée, soit un élément (feuille, fleur, etc.), soit une photographie, et exposée à la lumière du soleil. Dans le second cas, il doit s’agir d’un transparent positif (nous n’utilisons pas de négatifs car le soleil ne fonce généralement pas la couleur, mais la blanchit). Pour vous donner une idée, vous pouvez voir d’autres exemples dans mon portfolio photographique.

Les origines

Anthotype on marble © APA, Chiara Salvi

Cette technique est apparue au XIXe siècle sous l’impulsion de scientifiques et d’artistes. En 1816, Henri August Vogel découvre que le suc extrait des plantes est sensible à la lumière, et de nombreuses recherches se développent, comme celles de Mme Mary Somerville, qui n’a jamais pu les publier parce qu’elle était une femme. Robert Hunt, l’un des membres fondateurs de la London Photographic Society, a expérimenté des substances photosensibles organiques et inorganiques et a publié de nombreux ouvrages tels que Researches on Light. Sir John Herschel est un personnage clé de cette période, tant pour Anthotypia que pour la photographie en général, car c’est à lui que l’on doit des termes tels que « positif », « négatif » et « snap-shot ».

Flowers to extract pigments © APA, Chiara Salvi

L’anthotypie a beaucoup à voir avec la peinture, car traditionnellement les artistes créaient aussi leurs propres pigments à partir d’éléments naturels, qu’ils utilisaient ensuite pour créer leurs aquarelles ou leurs peintures à l’huile en les mélangeant avec de l’huile de lin ou de la gomme arabique. Par exemple, le pigment rouge était créé à partir du Granza (Rubia tinctorium L.), l’une des plus anciennes plantes tinctoriales, ou le pigment bleu à partir du Pastel (Isatis tinctoria), une plante originaire de la mer Noire. Or, la peinture recherche des pigments stables, qui ne varient pas avec la lumière, alors que l’anthotypie recherche au contraire des pigments très photosensibles pour plus de contraste.

DE L’IMMÉDIATETÉ À LA PERSÉVÉRANCE

L’intérêt pour ces techniques ne vient pas seulement du fait que certaines d’entre elles sont totalement écologiques, mais aussi du fait qu’elles impliquent un mode de vie particulier.

À l’heure où tout le monde a dans sa poche un téléphone portable avec un appareil photo de qualité et où les images peuvent être vues et partagées instantanément, le retour en arrière est aussi un retour aux rythmes lents et au labeur d’autrefois. Leur réalisation exige de la patience, car il faut souvent des jours pour que l’image apparaisse. Beaucoup d’entre elles nous rapprochent du monde naturel et nous font découvrir les propriétés des plantes qui nous entourent. Elles sont réalisées à la lumière du jour plutôt que dans une chambre noire ou par des moyens numériques, et dépendent des conditions atmosphériques. La connexion avec l’environnement est cruciale, et cela nous aide à nous reconnecter avec le monde naturel au lieu de nous en éloigner.

Cyanotypes on teabags © APA, Chiara Salvi

Il existe de nombreux autres procédés alternatifs fascinants, mais il est souvent difficile de trouver des informations à leur sujet. Il s’agit de techniques telles que les chimigrammes, les phytogrammes, les Lumens, les cyanotypes, les tirages à la chlorophylle, l’émulsion liquide, etc. Heureusement, de plus en plus d’options apparaissent pour approcher ces techniques historiques. En Espagne, par exemple, la Casa Encendida de Madrid a proposé cet été 2023 une série monographique sur certaines de ces techniques. Mais aujourd’hui, l’option la plus accessible, complète, disponible tout au long de l’année et à jour est certainement l’école en ligne The Alternative Processes Academy.

ENTRETIEN AVEC LA FONDATRICE DE L’APA

Cyanotype on eggshell © APA, Chiara Salvi

The Alternative Processes Academy est une école en ligne fondée par Chiara Salvi, qui enseigne tous ces procédés alternatifs et bien d’autres encore.

Chiara a étudié Photographie au London College of Communication (UAL) et a vécu pendant 5 ans à Londres. De retour dans sa terre d’origine, Florence (Italie), elle a constaté un grand manque de ressources, de possibilités et de communauté autour de la photographie analogique et des procédés alternatifs. Elle a donc décidé de créer elle-même une école en ligne, accessible à tous indépendamment de leur localisation, qui offrirait non seulement de la formation mais aussi un espace d’échange et de collaboration.

Elle nous en parle d’e vive voix’elle-même !

Interview avec Chiara Salvi

At what point did you become interested in alternative photographic processes? What is it about them that attracted you?

It happened in my last year of university. I went to the London College of Communication in London – I was there studying for 3 years. We had a darkroom there and a bunch of workshops – like introduction to darkroom printing or cyanotypes – so I became increasingly interested in these more tactile experiences with photography, the material behind them, the sensitive surfaces… I also attended a bunch of The London Collective workshops, symposiums and talks really interesting. It was really natural to me to go from digital to analogue – is this interest in surfaces that for me was key to this transition.

It is unusual to create an academy for alternative processes, as it targets a very specific niche. How is this adventure going so far? Do you have enough students to make it a viable project?

Yes, it has been a very adventurous endeavour. Curiously, I started recording for the Academy in Bangkok, and that’s because last winter I was in South East Asia working remotely. I got this idea about September and I didn’t even wait to see if it was a viable idea. At that moment I thought « Ok, I am going to announce it to the world and then see how it goes ». I receive a lot of support and interest so then I thought I had to make this happen! First, I set a launch date in April of the following year (2023) and then started working on it. I rented a darkroom near Lumphini Park in Bangkok and I can say it wasn’t easy.

From a foreign country and with the difficulty of obtaining chemicals, I was lucky that the people from the Darkroom helped me so much. I was recording every day and it was very hot, so all the chemicals were heating up very fast… I was there morning and afternoon and then, I was editing at night. It was really intense! But then I launched it and it went so well – we now have 250 students currently enrolled into the course!

For people interested in enrolling, could you explain a bit more about your Academy? For example, do you teach all the modules yourself or do you have external teachers?

I did everything myself. I’ve always been interested in a lot of different processes. I begin with one and then when I achieve good results, I want to do something else – I get bored very easily. So, I ended up with this extensive knowledge of alternative processes, and finally I did something with it. As you were saying, it is not easy to come across of these information out there, is weird stuff. There is a bunch of people in the world interested but there is no much information, resources or courses about it. Finally, it is because it’s so niche that it worked.

Totally! As a person interested on these processes, I can confirm that is not easy to find specialised platforms or trainings about it, and as it is online, your Academy is very accessible. What are your impressions on having an online Academy so far?

So we have the community calls once per month because of the lack of proximity. I also offer some office hours when people can come to me and ask me questions. But as I’m always been a big traveller and moved countries several times, I wanted something accessible for everyone in the world, not something location based. I did a few exhibitions and workshops in person but I wanted it to be something bigger. Because it’s born as an online platform, I want to keep it that way. There is a beauty in contact and networking, and it’s true that there is a discrepancy doing something with photography which is so tactile and hands-on and physical, as an online course – but to me it’s the way to reach more people.

Those of us who lived through analogue knew about the abundance of stock and low-cost materials. Do you think there will be an increase in production due to an increase in demand, or that camera-less techniques will be a viable alternative if prices become more and more prohibitive?

I think they are and alternative, and I also think that this increasing cost definitely affects this movement of people more interested in sustainable processes like anthotype or clorophyle printing. That’s also why I wanted to put this in the course curriculum, I wanted it to have a very important component of sustainable processes. But is also about not being able to sustain all the chemicals that are being used in the darkroom so far – I mean we don’t have enough waste facilities to disposal them to avoid polluting the environment. I want to give people an option, but there is always going to be people working with film on the darkroom, and that’s fine. We need to keep multinationals, companies and governments accountable and no ourselves to de point that we think it’s everything up on us.

Speaking of the darkroom, there are people currently approaching it from a sustainable and circular economy point of view, so more eco-friendly things can be done even inside the darkroom, can’t they?

Yes, so many things can be done! For example, chemicals are no single use, they can be reused so many times – I don’t say that in my Academy because if you use them more than 2 or 3 times it may happen that if you are working on an important project it doesn’t come up perfect, and I can’t take responsibility for it. Personally, I use my chemicals until they are exhausted and then I do chemigrams with them. You can also contact a waste facility place near you to get directions about how to dispose of chemicals.

Another example, sodium carbonate and calcium carbonate which are used for cyanotype bleaching can be reused endlessly. Caffenol (a developer made of sodium carbonate, Vitamine C and coffee) too. Another thing that is not very sustainable in alternative processes is the washing phase (when you have to wash your print), as it may take 10’ – 15’ and I always say “of running water”. But I want people to get this information and make it theirs. Of course I am not going to wash my print for 10’ but I have to say that because don’t do it may cause a colourshift on the toning. It’s on the artist to asses responsibly whether wash it for less time.

Regarding all these so-called « sustainable » methods, they always have something that is not. For example, in Chlorophyll printing we use photographic transparencies that are printed on acetate.

Exactly, but transparencies can be reused endlessly. For instance, yesterday I did a cyanotype workshop and I used transparencies from 6 years ago! To me, it’s like « you take something – you give something ». For example, when I explain how to print on seashells inside the “liquid emulsion” module, I say to take just a few seashells and be very careful to not take from protected species or from protected places where is forbidden. And in exchange, take the opportunity to pick up trash from the beach where you are (« you take something – you give something »). Anyway, there is always going to be someone who judges you and who complains about the work you do, no matters how hard you are trying to do better, and that’s fine. You just have to let it go and do your best.

As the launch of the school has been a success, what for the future?

We have released a new module very recently, about clorophile printing process. It was a fun one to release because I was waiting for summer in Italy and then summer arrives and it was raining for a whole month! But I managed to release that and it’s one of the most appreciated inside the Academy. Some weeks ago, I also released a module about Cianotype on glass and ceramics, and I will release new content on September-October. Then, I don’t know, it’s still open. I launched the Academy not long ago (at the end of April), so it’s hard to think about the future, I just know that I want to keep the Academy growing!


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Si vous avez des questions ou si vous souhaitez que je parle davantage de l’un des procédés photographiques, écrivez-le dans les commentaires ou contactez-moi par e-mail.

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